Label : Autoproduction

Parution : 2017

Tracklist

01. Variation #1 08:55

02. Variation #2 07:09

03. Variation #3 05:58

04. Variation #4 06:01

05. Variation #5 08:15

06. Variation #6 08:11

07. Variation #7 12:24

08. Variation #8 06:44

 

Il nous avait régalé les conduits auditifs avec son album Sessions. À peine trois mois plus tard, MoonSatellite nous gratifie d’une nouvelle offrande sur l’autel de la ME avec Dark Summer, une galette dont le titre est à l’avenant de sa jaquette : sombre et inquiétant. En sera-t-il de même avec les différents morceaux proposés ? Réponse avec cette chronique toute en variation.

La première de ces variations s’ouvre sur des brumes cosmiques dans lesquelles viennent danser quelques notes en mélodie circulaire dans des brumes qui paraissent s’allonger et se déchirer pour mieux revenir ensuite. Des couches sonores toutes en oscillation sont suspendues. Dans ce paysage émerge une ligne de synthé avançant en lentes pulsations. Des nappes morphéiques se tissent en arrière-plan, se superposent puis fusionnent dans des strates aussi mystérieuses que superbes. À l’image d’un vol de papillons métalliques, des sonorités traversent ce tableau. Cette pulsation minimaliste guidera l’auditeur quasiment tout le long des 9 minutes que dure ce morceau et constituera la colonne vertébrale sur laquelle ne cesseront de venir se greffer des effets vaporeux en contorsion qui s’éteindront en douceur en nous emmenant jusqu’au titre suivant.

La seconde variation prend naissance dans les derniers accords de la précédente avec des textures gorgées de tonalités électroniques. Les effets se croisent dans un maelstrom sonore d’où émergent des notes éparses, larmes hésitantes d’une mélodie qui n’ose encore s’affranchir. Mais assez vite, ce magma originel s’assèche pour laisser apparaitre une séquence sautillante qui se déploie et prend son envol, envahissant tout l’espace sonore. De majestueuses nappes de synthé viennent la rehausser, pavant une route vers des cieux cosmiques. Les accords d’un solo étiré nous prennent par la main et nous emmènent vers des galaxies inexplorées. Des pulsations séquencées renforcent le propos. Il suffit de fermer les yeux pour voir un vaisseau solitaire transperçant les galaxies à la recherche de nouveaux mondes. Ce titre est une véritable petite pépite gorgée d’une douce mélancolie.

Le titre suivant s’articule sur une ligne de séquences oscillatoires. Sur un rythme tout en impulsions et truffé de discrets effets technoïdes, la mélodie avance en arpèges dansants. Nous nous laissons ainsi porter sur un océan tranquille et serein. Tout semble mis en place pour que le morceau se déroule ainsi en ondulations jusqu’à son terme. Pourtant, après 3 minutes à se laisser ainsi bercer, les oreilles sont d’autant plus surprises et ravies d’entendre s’élever dans les airs une voix céleste qui étend son chant sur ce paysage. Ce chant, splendide, nous accompagnera jusqu’au terme de ce troisième et magnifique voyage qui le dispute en beauté à « Variation #2 ».

A nouveau titre, nouvelle ambiance sonore. Si la plage précédente nous embarquait pour une traversée des océans, « Variation #4 » en est la suite logique. Dès les premières notes, il y a cette sensation de débarquer sur une terra incognita truffée de mystères. Dans ce climat étrange, un mouvement flotte en suspension dans les airs alors que toute une faune électronique s’ébat. Quelques accords résonnent, accompagnant l’élargissement de la tessiture sonore. Les ondes atmosphériques montent en intensité. Nous sommes à présent seul, aventurier anonyme d’une contrée inconnue. La plainte alanguie d’un synthé vient nous survoler. Elle s’étire en longs arpèges venant sublimer cette lente découverte.

Sans savoir si telle était l’intention de MoonSatellite, la plage suivante peut s’envisager comme la poursuite de cette exploration d’un territoire vierge. Nous voilà arrivés devant les ruines d’un temple. Dès l’ouverture, des effets sonores nous dessinent des nuées de chauves-souris. Rentrons dans le temple et dressons l’oreille pour entendre des nappes spectrales s’élever dans une ambiance oppressante. Des chœurs éthérés se lamentent à travers les colonnes. Guidant notre avancée dans les profondeurs, une ligne de synthé toute en vibrations tisse son chemin. Elle rebondit le long des murs tandis que des accords tressent leur mélodie. Et toujours ces effets sonores qui nous accompagnent. Continuons à nous enfoncer au cœur du bâtiment, toujours escortés de ce synthé qui va égrener son mouvement pendant 5 minutes avant qu’un solo torsadé ne vienne prendre naissance pour étendre son emprise sonore. Finalement, il s’évanouira pour laisser les nappes ambiantes achever cette bien belle odyssée.

La prochaine variation s’ouvre sur une séquence tournoyante qui ondule agréablement aux oreilles. Elle emprunte différentes évolutions et infléchissements, jouant avec les tonalités. Le chant élégiaque d’un synthé vient embrasser l’espace. Il flirte avec la structure de départ du morceau. Des chœurs masculins s’invitent, donnant toute son ampleur au sentiment de nostalgie qui étreint cette plage. Vers le milieu du morceau, une paisible cadence synthétique commence à ondoyer, d’abord timide puis plus affirmée, clef de voûte de cette construction sonore. Les chœurs vont et viennent, créant une indéniable atmosphère mystique. Ce titre est l’un de mes coups de cœur de l’album.

« Variation #7 » est la piste la plus étendue, même si 12 minutes environ reste très raisonnable pour les standards de la Berlin School. Les premiers instants sont une orgie de sons dans laquelle tentent de surnager des harmonies qui se perdent en échos. Des nappes profondes et généreuses se font jour et imposent leur sérénité. Elles s’étirent, délicates et suaves. Puis elles mutent. Sont-ce des orgues ? Des chœurs ? L’oreille hésite. Qu’importe. L’ambiance est de toute beauté. Après cinq minutes durant lesquelles s’expriment de nombreuses tessitures, une séquence se met en mouvement, rebondissant sur des atomes aériens avant qu’un synthé solitaire ne commence à pleurer dans un long solo empreint de spleen. La charge émotionnelle est forte et il est difficile d’y rester insensible. Un autre morceau très réussi.

Après une intro en douceur, la dernière variation voit surgir une ligne de séquences qui oscille et monte rapidement en intensité. Des harmonies de synthé zèbrent l’espace. Une nouvelle fois, comme sur la plupart des autres plages, la musique se conjugue sous le signe du spleen et de la mélancolie. Cela doit se sentir dans mes chroniques, je ne suis pas moi-même musicien. Il m’est donc difficile de l’expliquer rationnellement mais ce dernier titre m’a semblé plus faible que les autres, comme plus « téléphoné ». Il n’en reste pas moins très agréable à écouter.